Un message alarmant s’affiche soudain sur l’écran : « Votre ordinateur est bloqué, appelez immédiatement le support Microsoft au… ». Ou le téléphone sonne : un « technicien » annonce que l’ordinateur de votre parent est infecté. L’arnaque au faux support technique est aujourd’hui l’une des fraudes les plus courantes en France, et elle vise en priorité les personnes les moins à l’aise avec l’informatique. Bonne nouvelle : elle repose toujours sur le même scénario, et quelques réflexes simples suffisent à la déjouer. Voici comment la reconnaître, comment réagir, et comment protéger vos parents — même à distance.
Comment fonctionne l’arnaque au faux support technique
Le piège commence presque toujours de la même façon. Votre parent navigue sur Internet quand une fenêtre surgissante (pop-up) envahit l’écran, souvent accompagnée d’un signal sonore et d’un compte à rebours : « Alerte de sécurité », « Votre ordinateur est infecté », « Vos données bancaires sont en danger ». Un numéro de téléphone s’affiche, présenté comme celui du « support Microsoft » ou du « support Apple ».
Rassurez-vous sur un point : cette page ne « bloque » pas réellement l’ordinateur. C’est une simple page web conçue pour effrayer. Le danger commence seulement si l’on compose le numéro. Au bout du fil, un faux technicien, calme et rassurant, prend le relais. Son objectif se déroule en trois temps :
- Obtenir un accès à distance à l’ordinateur, en faisant installer un logiciel légitime détourné de son usage (TeamViewer, AnyDesk, ou l’outil « Assistance rapide » de Windows).
- Simuler une réparation : il fait défiler des lignes de code impressionnantes, « détecte » des dizaines de virus et crée un sentiment d’urgence.
- Encaisser : il réclame un paiement pour une « licence » ou un « abonnement de protection », voire se connecte directement au compte bancaire pendant qu’il tient l’écran.
Le faux support technique arrive aussi par un appel non sollicité ou un e-mail. Dans tous les cas, la mécanique de pression et de prise en main à distance reste identique. C’est d’ailleurs la même logique d’autorité usurpée que dans l’arnaque au faux conseiller bancaire.
Faux support Microsoft ou Apple : les signaux qui trahissent le piège
Une règle vaut à elle seule protection : ni Microsoft, ni Apple, ni aucun éditeur ne vous contactent spontanément pour « réparer » votre ordinateur. Ils n’affichent jamais de numéro de téléphone dans une fenêtre d’alerte, et ne passent jamais d’appel non sollicité. Tout message qui le fait est frauduleux, sans exception.
Les autres signaux qui doivent déclencher la vigilance :
- Une alerte visuelle agressive (plein écran, son, clignotement, minuteur) : la vraie sécurité informatique ne crie pas.
- Un numéro à appeler en urgence pour « débloquer » l’appareil.
- Une demande de prise en main à distance ou d’installation d’un logiciel pour « diagnostiquer » le problème.
- Un paiement réclamé par virement, carte cadeau (PCS, Transcash) ou crypto — moyens impossibles à annuler, signature quasi systématique de l’arnaque.
- L’interdiction de raccrocher ou d’éteindre l’ordinateur « pour ne pas aggraver l’infection ».
Si un seul de ces éléments apparaît, il n’y a rien à vérifier : c’est une arnaque. Le réflexe est le même que face à une arnaque téléphonique classique : on ne discute pas, on met fin au contact.
Les 5 réflexes pour déjouer un faux technicien informatique
Ces gestes sont simples, sans compétence technique, et transmissibles à votre parent en cinq minutes :
- Ne jamais appeler le numéro affiché, ni rappeler un « technicien » qui a laissé un message.
- Fermer la fenêtre. Si la page résiste, forcer la fermeture du navigateur (sur Windows : Ctrl+Alt+Suppr > Gestionnaire des tâches ; sur Mac : ⌥+Cmd+Échap). L’ordinateur n’était pas réellement bloqué.
- Ne jamais autoriser la prise en main à distance ni installer un logiciel demandé par téléphone. C’est la clé du coffre : sans cet accès, l’escroc ne peut rien.
- Ne jamais payer ni communiquer de code bancaire, de mot de passe ou de code reçu par SMS.
- Vérifier par le bon canal : en cas de doute réel sur l’ordinateur, passer par un réparateur connu ou l’assistance officielle du fabricant, jamais par un numéro surgi d’une pop-up.
Un script tout simple à donner à votre parent : « Si un message ou un appel me dit que mon ordinateur a un problème et me demande d’appeler ou de laisser quelqu’un le contrôler, je ferme tout et j’appelle [votre prénom] avant de faire quoi que ce soit. »
Que faire si votre parent a déjà donné accès à son ordinateur
Si le mal est fait, pas de panique : agir vite limite fortement les dégâts. La marche à suivre, dans l’ordre :
- Couper Internet immédiatement (débrancher le câble ou couper le Wi-Fi) pour interrompre l’accès à distance.
- Désinstaller le logiciel de contrôle qui a été installé (TeamViewer, AnyDesk, etc.) et redémarrer l’ordinateur.
- Changer les mots de passe importants (messagerie, banque, comptes en ligne) depuis un autre appareil sain.
- Contacter la banque sans attendre si un paiement a été fait ou si l’escroc a pu voir les comptes : faire opposition et surveiller les opérations.
- Lancer une analyse antivirus complète, ou faire vérifier l’appareil par un professionnel de confiance.
- Signaler et se faire aider : le dispositif public Cybermalveillance.gouv.fr propose une assistance gratuite ; l’escroquerie se signale aussi sur internet-signalement.gouv.fr. Pour être conseillé, le numéro Info Escroqueries 0 805 805 817 (gratuit) est joignable du lundi au vendredi.
En cas de préjudice financier, un dépôt de plainte reste possible. Avoir été piégé n’a rien de honteux : ces escrocs sont des professionnels de la manipulation, et le faux support technique figure parmi les principaux motifs d’assistance recensés chaque année par Cybermalveillance.gouv.fr.
Comment en parler à vos parents sans les inquiéter
Le meilleur bouclier n’est pas la peur, c’est le réflexe. Inutile de dramatiser : présentez la chose comme une astuce, pas comme une leçon. Vous pouvez, ensemble, coller près de l’ordinateur une petite note : « Un ordinateur ne demande jamais d’appeler un numéro. En cas de message d’alerte : je ferme et j’appelle [prénom]. »
Rappelez aussi la règle d’or, valable pour toutes les fraudes : une demande urgente + un paiement ou un accès = on s’arrête et on vérifie. En devenant la personne que votre parent appelle en cas de doute, vous devenez la vigie de la famille — et c’est souvent tout ce qu’il faut pour que l’arnaque échoue.
Foire aux questions
Microsoft ou Apple appellent-ils vraiment leurs clients ?
Non. Ni Microsoft ni Apple ne passent d’appels non sollicités et n’affichent de numéro de téléphone dans une alerte de sécurité. Tout contact de ce type est une arnaque au faux support technique.
Un pop-up peut-il vraiment bloquer l’ordinateur ?
Non. Ces pages web imitent un blocage pour effrayer, mais l’appareil fonctionne normalement. Il suffit de fermer le navigateur, au besoin via le gestionnaire des tâches.
Que risque-t-on si on a déjà payé ?
Contactez immédiatement la banque pour tenter de bloquer ou contester l’opération, changez vos mots de passe et signalez la fraude. Plus l’on réagit tôt, plus les chances de limiter la perte sont grandes.
Comment signaler une arnaque au faux support technique ?
Via Cybermalveillance.gouv.fr (assistance gratuite), sur internet-signalement.gouv.fr, et en appelant Info Escroqueries au 0 805 805 817. Un dépôt de plainte est possible en cas de préjudice.
Fermer l’onglet suffit-il à être protégé ?
Oui, tant que l’on n’a ni appelé, ni installé de logiciel, ni donné d’accès. Le danger ne vient jamais de la pop-up elle-même, mais de l’appel qui suit.
En résumé
L’arnaque au faux support technique se reconnaît à un réflexe unique : un vrai ordinateur ne vous demande jamais d’appeler un numéro ni de laisser quelqu’un en prendre le contrôle. Fenêtre alarmante, faux « support Microsoft » ou « Apple », prise en main à distance, paiement en urgence : on ferme, on n’appelle pas, on ne paie pas, on vérifie. Et si l’accès a déjà été donné, on coupe Internet, on change les mots de passe, on prévient la banque et on se fait aider. Transmettre ce réflexe à vos parents, c’est déjà les protéger. Pour évaluer leur exposition en deux minutes, faites Le Test du Bouclier Familial, et retrouvez toutes nos références officielles sur la page Nos sources.
Sources : Cybermalveillance.gouv.fr (fiche « Faux support technique »), Info Escroqueries 0 805 805 817, internet-signalement.gouv.fr (Pharos), support.microsoft.com.
