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IA et arnaques : comment repérer les nouvelles escroqueries

Illustration : IA et arnaques : comment repérer les nouvelles escroqueries

IA et arnaques : depuis deux ans, chaque escroquerie qui arrive dans une boîte mail ou sur un téléphone a changé d’apparence. Les fautes d’orthographe ont disparu. La voix au bout du fil ressemble à celle d’un proche. Le message connaît votre prénom, votre banque, parfois le nom de votre petit-fils. Beaucoup d’aidants se demandent, à juste titre, si les conseils qu’ils ont donnés à leurs parents servent encore à quelque chose.

La réponse tient en une phrase : l’intelligence artificielle a changé la forme des arnaques, pas leur scénario. Et c’est une excellente nouvelle, parce que les réflexes qui marchent sont ceux qui portent sur le scénario. Voici précisément ce qui a changé, ce qui n’a pas changé, quels conseils sont devenus inutiles — et lesquels protègent toujours.

Ce que l’intelligence artificielle change vraiment dans les escroqueries

Trois choses, très concrètement.

Les fautes d’orthographe ont disparu

Pendant vingt ans, le premier conseil donné aux seniors a été : « méfiez-vous des messages mal écrits ». C’était juste. Les escrocs travaillaient souvent depuis l’étranger, traduisaient à la va-vite, et un faux courrier des impôts truffé de fautes se repérait en trois secondes.

Un générateur de texte écrit aujourd’hui un français irréprochable, dans le ton administratif exact d’une caisse de retraite ou d’un service bancaire. Le repère orthographique n’existe plus. Il faut le dire clairement à ses parents, parce que beaucoup s’y fient encore et se croient protégés.

La voix et le visage sont devenus imitables

Quelques secondes d’enregistrement suffisent désormais à produire une imitation vocale convaincante, et des logiciels grand public permettent de fabriquer une vidéo où une personnalité connue semble recommander un placement. C’est ce qu’on appelle le deepfake, une vidéo ou une photo truquée par ordinateur, et sa version sonore, le clonage de voix.

Une précision importante, et rassurante : en France, ces techniques restent aujourd’hui minoritaires dans les arnaques réellement constatées. Cybermalveillance.gouv.fr, la plateforme publique d’assistance aux victimes, écrit dans son rapport d’activité que les campagnes malveillantes de masse entièrement pilotées par l’IA ne sont pas attestées à ce stade. Le risque est réel et il progresse, mais il ne faut pas imaginer que chaque appel reçu est une voix synthétique.

Le message vous connaît

C’est le changement le plus sous-estimé. Les fuites de données massives — un site de commerce piraté, un opérateur, une mutuelle — mettent en circulation des fichiers contenant nom, adresse, numéro de téléphone, parfois la banque et les derniers achats. L’IA permet de traiter ces fichiers en masse et d’écrire un message différent pour chaque personne.

Résultat : votre mère ne reçoit plus un mail générique « cher client », mais un message qui cite sa vraie banque, sa vraie ville, et un achat qu’elle a vraiment fait. La crédibilité ne vient plus du style. Elle vient de l’information.

Ce que l’IA ne change pas : le scénario de l’escroquerie

Regardez les arnaques les plus fréquentes en France aujourd’hui : le faux conseiller bancaire, le faux support technique, le faux SMS de livraison, le faux placement. Ce sont exactement les mêmes scénarios qu’il y a cinq ans. L’IA n’en a inventé aucun.

Et tous reposent sur les mêmes quatre ingrédients, invariablement :

  • L’urgence. Il faut agir maintenant, dans l’heure, sinon le compte est bloqué, le colis perdu, l’occasion ratée.
  • Le secret. On demande de ne pas en parler autour de soi : « pour ne pas compromettre l’enquête », « c’est confidentiel », « ne dites rien à votre conseiller ».
  • Un moyen de paiement inhabituel. Virement immédiat, cartes cadeaux, cryptomonnaie, application de transfert. Jamais un moyen réversible.
  • L’impossibilité de vérifier. On vous rappelle, on reste en ligne avec vous, on vous donne un numéro qui appartient à l’escroc.

Aucune intelligence artificielle ne peut supprimer ces quatre éléments, parce que ce sont eux qui permettent le vol. Une arnaque sans urgence, sans secret et avec un paiement réversible ne rapporte rien.

Les trois réflexes devenus inutiles

Autant le dire franchement à ses parents : ces trois vérifications ne protègent plus.

1. « Il y a des fautes, donc c’est faux. » Un message peut être parfaitement rédigé et être une escroquerie. À l’inverse, une vraie administration peut envoyer un courrier maladroit.

2. « J’ai reconnu sa voix. » La voix n’est plus une preuve d’identité. C’est le point le plus difficile à faire admettre, parce qu’il touche à quelque chose de très intime : on reconnaît la voix de son enfant depuis quarante ans.

3. « Le numéro affiché est bien celui de ma banque. » L’affichage d’un numéro peut être falsifié — c’est une technique ancienne, indépendante de l’IA, mais toujours efficace. Le numéro qui s’affiche n’est pas une identité vérifiée.

Les quatre réflexes qui protègent toujours

Ceux-là portent sur le scénario. Ils marchaient il y a dix ans, ils marchent aujourd’hui, ils marcheront quelle que soit la technologie employée.

Le canal de retour. C’est le réflexe le plus puissant, et il tient en une règle : on ne vérifie jamais dans le canal où arrive la demande. Un appel du « conseiller bancaire » ? On raccroche et on rappelle le numéro figurant au dos de la carte bancaire. Un message du petit-fils ? On l’appelle sur son numéro habituel, celui du répertoire. Un mail des impôts ? On se connecte à impots.gouv.fr en tapant l’adresse soi-même. Ce geste seul désamorce la quasi-totalité des scénarios, y compris ceux qui utilisent une voix imitée.

La phrase convenue. Décidez en famille, à froid, d’un mot ou d’une question dont la réponse n’est écrite nulle part sur internet — pas la date de naissance, pas le nom du chien s’il apparaît sur Facebook. Le nom du café où vous êtes allés ensemble en mars, par exemple. Une voix clonée ne connaît pas cette réponse.

La règle des dix minutes. Aucune demande légitime ne s’effondre parce qu’on a attendu dix minutes. Une banque, une administration, un service de livraison acceptent tous qu’on rappelle. Un escroc, non — c’est exactement là qu’il se trahit. Dire à un parent « tu as le droit de raccrocher » est probablement le conseil le plus utile qu’on puisse lui donner.

Le tiers de confiance. Convenez ensemble que toute opération inhabituelle — virement important, achat de cartes cadeaux, ouverture d’un placement — passe par un coup de fil à une personne désignée. Pas pour demander la permission : pour en parler à voix haute. Formuler une arnaque à quelqu’un d’autre suffit très souvent à la faire apparaître pour ce qu’elle est.

Que faire si votre proche a déjà répondu

Le temps compte plus que tout le reste.

  1. Faire opposition immédiatement auprès de la banque, et demander le blocage du virement s’il vient d’être émis. Certains virements peuvent encore être rappelés dans les heures qui suivent.
  2. Signaler sur cybermalveillance.gouv.fr, qui oriente vers la bonne démarche selon le cas, ou appeler Info Escroqueries au 0 805 805 817 (service gratuit).
  3. Porter plainte en commissariat ou en gendarmerie. C’est indispensable pour espérer un remboursement bancaire, même quand la somme paraît modeste.
  4. Changer les mots de passe des comptes concernés, en commençant par la messagerie, qui sert souvent à réinitialiser tout le reste.

Et un point qui n’a rien de technique : ne reprochez rien. Les scénarios sont construits par des professionnels pour fonctionner sur des adultes lucides. Un proche qui craint d’être jugé se tait, et le silence est précisément ce qui permet à la même personne d’être ciblée une deuxième fois.

Foire aux questions

ChatGPT sert-il vraiment à faire des arnaques ?

Les outils grand public disposent de garde-fous, mais il existe des versions détournées et des services vendus spécifiquement aux escrocs. Ce qui est certain, c’est que la rédaction de messages frauduleux sans faute est devenue triviale, quel que soit l’outil employé.

Comment reconnaître une arnaque écrite par une IA ?

On ne peut plus la reconnaître à sa forme, et c’est bien pour cela qu’il faut changer de méthode : on examine la demande, pas le message. Urgence, secret, moyen de paiement inhabituel, impossibilité de vérifier — ces quatre signaux restent lisibles.

Les seniors sont-ils les plus touchés par les arnaques par IA ?

Non, et c’est important de le savoir. En France, les statistiques du ministère de l’Intérieur montrent que les 18-24 ans déclarent plus souvent avoir été victimes d’une arnaque que les 65-74 ans. En revanche, les montants perdus par les personnes âgées sont en moyenne plus élevés, et les conséquences plus lourdes.

Faut-il installer un logiciel pour se protéger ?

Un antivirus et un filtre anti-spam à jour sont utiles, mais aucun logiciel ne bloque un appel téléphonique dans lequel une personne se laisse convaincre. La protection efficace est un accord familial, pas un abonnement.

Comment en parler à un parent sans le vexer ?

En changeant de rôle. Plutôt que « fais attention », essayez « est-ce que tu peux m’aider à vérifier ce message, je ne sais pas quoi en penser ». On installe une habitude de vérification à deux, sans jamais mettre personne en position d’incapable.

En résumé

Face aux arnaques dopées à l’IA, les repères de forme — l’orthographe, la voix, le numéro affiché — ne protègent plus. Les repères de scénario, eux, sont intacts : urgence, secret, paiement inhabituel, vérification impossible. Retenez surtout le canal de retour : on raccroche, et on rappelle soi-même le numéro qu’on connaît. C’est le geste qui neutralise l’immense majorité des escroqueries, y compris les plus sophistiquées.

Le meilleur usage de cet article, c’est de le transmettre. Un parent qui a lu ceci une fois à froid réagira mieux à chaud — et pourra le transmettre à son tour.

Sources : Cybermalveillance.gouv.fr, rapport d’activité et fiches réflexes · Info Escroqueries, 0 805 805 817 · SSMSI, ministère de l’Intérieur, enquête Vécu et ressenti en matière de sécurité. Voir aussi nos sources et notre article sur comment reconnaître un mail de hameçonnage.