On vous a menti pour vous faire verser de l’argent, ou une personne de confiance a gardé une somme qu’elle devait vous rendre : dans les deux cas, vous pouvez porter plainte pour escroquerie ou pour abus de confiance. Ce sont deux infractions distinctes du code pénal, avec des démarches qui se recoupent mais pas les mêmes preuves à réunir ni toujours le même canal.
À la fin de cet article, vous saurez laquelle des deux correspond à votre situation, et comment déposer votre plainte étape par étape — sans attendre d’être certain à 100 %, car c’est à l’enquête de trancher, pas à vous.
- Ce que c’est : l’escroquerie est un mensonge qui vous pousse à remettre de l’argent ; l’abus de confiance est le détournement d’une somme que vous aviez remise librement à une personne de confiance.
- Le signal n°1 : si le mensonge est venu avant votre accord, c’est une escroquerie ; si vous aviez donné votre confiance avant que l’argent ne disparaisse, c’est un abus de confiance.
- Le réflexe : réunissez vos preuves (messages, relevés, procuration) avant de vous déplacer, puis portez plainte au commissariat, à la gendarmerie, par courrier au procureur, ou en ligne via THESEE si tout s’est passé sur internet.
Sommaire
- Escroquerie ou abus de confiance : quelle différence ?
- À quoi ressemble un abus de confiance ou une escroquerie ?
- Quels signaux doivent vous alerter ?
- Comment porter plainte pour escroquerie ou abus de confiance ?
- Que se passe-t-il après le dépôt de plainte ?
- En résumé
- Foire aux questions
Escroquerie ou abus de confiance : quelle différence ?
Les deux infractions se ressemblent, mais le code pénal les sépare nettement.
L’escroquerie (article 313-1 du code pénal) consiste à tromper quelqu’un — par un faux nom, une fausse qualité ou une manœuvre frauduleuse — pour le déterminer à remettre des fonds, un bien ou un service. Le mensonge vient avant votre accord et c’est lui qui le provoque. Un faux conseiller bancaire qui vous fait croire à un virement de sécurisation, ou un faux placement qui promet un rendement garanti, relèvent de l’escroquerie.
L’abus de confiance (article 314-1 du code pénal) est différent : vous avez remis un bien ou de l’argent librement, à charge pour la personne de le gérer, de le rendre ou d’en faire un usage précis — et c’est seulement après que cette personne détourne ce qui lui avait été confié. Un proche à qui vous avez donné une procuration sur votre compte, ou un gérant qui garde une somme qu’il devait vous reverser, peuvent relever de l’abus de confiance.
Les deux délits sont punis des mêmes peines de base : 5 ans de prison et 375 000 € d’amende. Mais le code pénal prévoit une peine alourdie — 7 ans de prison et 750 000 € d’amende — lorsque la vulnérabilité de la victime, notamment liée à son âge, est apparente ou connue de son auteur (articles 313-2 et 314-2 du code pénal). Autrement dit : être senior ne vous expose pas davantage devant la justice, cela expose davantage celui qui vous a trompé ou qui a détourné votre confiance.
À quoi ressemble un abus de confiance ou une escroquerie ?
L’escroquerie se reconnaît souvent à un message ou un appel qui invente une qualité ou une promesse. Exemple classique de faux placement :
« Bonjour, je suis votre conseiller en gestion de patrimoine. J’ai un placement exceptionnel à vous proposer, garanti à 8 % par an, mais les places sont limitées à cette semaine. Il suffit de transférer les fonds sur ce compte pour débloquer l’offre. »
La fausse qualité de « conseiller » et la promesse d’un rendement garanti sont la manœuvre frauduleuse : c’est elle qui vous pousse à virer l’argent. Ce type de message est au cœur de l’arnaque à l’investissement garanti, l’une des escroqueries les plus signalées.
L’abus de confiance, lui, ne ressemble presque jamais à un message isolé — il s’installe dans la durée. Exemple : vous avez donné une procuration sur votre compte à un proche ou à un aidant à domicile, pour qu’il règle vos courses et vos factures. Les mois passent, et vous constatez des retraits en espèces ou des virements que vous n’avez jamais demandés, prélevés par la personne à qui vous aviez fait confiance pour gérer cet argent.
Quels signaux doivent vous alerter ?
- Une promesse de rendement garanti ou un gain rapide présentée comme sans risque — aucun placement légal ne garantit un rendement.
- Une urgence artificielle : « places limitées », « offre valable 24 heures », pression pour signer ou virer immédiatement.
- Une qualité professionnelle invoquée sans preuve vérifiable : conseiller, agent, policier — demandez une carte professionnelle ou rappelez l’organisme à son numéro officiel, jamais celui donné par votre interlocuteur.
- Une procuration ou un mandat donné sans aucun droit de regard : vous ne recevez plus vos relevés, vous n’avez plus accès à vos comptes en ligne, ou vos questions restent sans réponse claire.
- Des sommes jamais rendues malgré vos demandes répétées, avec des explications qui changent à chaque fois qu’on vous les donne.
Comment porter plainte pour escroquerie ou abus de confiance ?
Avant de vous déplacer, réunissez vos preuves : contrats, reçus, captures des messages ou e-mails, relevés bancaires montrant les mouvements, procuration ou mandat signé, courriers de mise en demeure restés sans réponse. Plus votre dossier est complet, plus l’enquête ira vite.
- En personne, au commissariat de police ou à la brigade de gendarmerie : n’importe quel commissariat ou gendarmerie peut enregistrer votre plainte, pas seulement celui du lieu des faits.
- Par courrier adressé au procureur de la République du tribunal judiciaire du lieu des faits ou du domicile de l’auteur, de préférence en lettre recommandée avec accusé de réception.
- En ligne, via le service THESEE, uniquement si l’escroquerie s’est déroulée entièrement sur internet (faux site, faux profil, achat jamais livré) — voir notre guide complet pour porter plainte en ligne via THESEE. Ce service ne couvre pas l’abus de confiance ni les escroqueries avec un contact téléphonique ou physique.
- Si vous ne connaissez pas l’identité de l’auteur, la plainte en ligne (plainte-en-ligne.masecurite.interieur.gouv.fr, via FranceConnect) permet de déposer votre plainte entièrement à distance, sans vous déplacer, sauf si un policier ou un gendarme doit vous recontacter pour compléter votre déclaration.
Que se passe-t-il après le dépôt de plainte ?
Une fois votre plainte enregistrée, le procureur de la République décide de la suite : classement sans suite si les preuves manquent, complément d’enquête, ou poursuite de l’auteur devant un tribunal. Pour être indemnisé, vous devez vous constituer partie civile — au moment du procès, ou en déposant une plainte avec constitution de partie civile auprès du doyen des juges d’instruction si le procureur classe l’affaire sans suite.
Le délai pour porter plainte est de 6 ans. Pour l’abus de confiance, infraction dissimulée par nature, ce délai démarre le jour où vous avez découvert les faits, dans la limite de 12 ans après les faits. Pour l’escroquerie, il démarre en principe au jour de la remise des fonds, mais la jurisprudence récente permet aussi de le faire partir de la découverte si l’auteur a multiplié les manœuvres pour retarder votre prise de conscience. Un avocat n’est pas obligatoire pour déposer une plainte simple, mais il devient utile pour la constitution de partie civile ; selon vos ressources, l’aide juridictionnelle peut en couvrir tout ou partie des frais.
| Votre situation | Quelle infraction | Où porter plainte |
|---|---|---|
| On vous a menti pour vous faire signer ou virer de l’argent (faux conseiller, faux placement) | Escroquerie (art. 313-1 du code pénal) | Commissariat, gendarmerie, courrier au procureur, ou THESEE si tout s’est passé en ligne |
| Une personne de confiance a détourné des fonds qu’elle devait gérer ou vous rendre | Abus de confiance (art. 314-1 du code pénal) | Commissariat, gendarmerie ou courrier au procureur (THESEE non applicable) |
| Vous ne connaissez pas l’identité de l’auteur | Selon les faits | Plainte en ligne via FranceConnect, sans déplacement dans la plupart des cas |
| Le commissariat refuse d’enregistrer votre plainte | Selon les faits | Courrier recommandé au procureur de la République du tribunal judiciaire compétent |
Si vous hésitez encore sur le canal à privilégier selon votre situation précise, notre guide de routage pour signaler une arnaque détaille chaque organisme — Info Escroqueries, 17Cyber, THESEE, Signal Spam — et l’ordre dans lequel les contacter.
En résumé
- L’escroquerie est une tromperie (faux nom, fausse qualité, manœuvre frauduleuse) qui précède et provoque la remise d’argent ou de biens, tandis que l’abus de confiance est le détournement d’un bien ou de fonds remis librement au préalable à une personne de confiance.
- Le signal qui distingue les deux : dans l’escroquerie, le mensonge intervient avant votre accord ; dans l’abus de confiance, vous aviez donné votre confiance avant que l’argent ou le bien ne soit détourné par la suite.
- Pour porter plainte pour escroquerie ou abus de confiance, vous pouvez vous présenter dans n’importe quel commissariat de police ou brigade de gendarmerie, ou adresser un courrier au procureur de la République du tribunal judiciaire compétent.
- Si l’escroquerie s’est déroulée entièrement sur internet, le service THESEE (masecurite.interieur.gouv.fr) permet de déposer une plainte en ligne ; l’abus de confiance ne peut pas être signalé par ce canal.
- Le délai pour porter plainte est de 6 ans : pour l’abus de confiance, il démarre à la découverte des faits (dans la limite de 12 ans après les faits) ; pour l’escroquerie, il démarre en principe à la remise des fonds, sauf manœuvres destinées à retarder cette découverte. Une constitution de partie civile permet de demander une indemnisation.
Foire aux questions
Quelle est la différence entre une escroquerie et un abus de confiance ?
Dans l’escroquerie, un mensonge ou une fausse qualité vous pousse à remettre de l’argent. Dans l’abus de confiance, vous aviez remis cet argent librement à une personne chargée de le gérer, qui l’a détourné par la suite.
Faut-il un avocat pour porter plainte pour escroquerie ou abus de confiance ?
Non, un avocat n’est pas obligatoire pour déposer une plainte simple au commissariat, à la gendarmerie ou par courrier au procureur. Il devient utile si vous souhaitez vous constituer partie civile pour être indemnisé.
Que faire si le commissariat refuse d’enregistrer ma plainte ?
Un commissariat ou une gendarmerie ne peut pas refuser d’enregistrer une plainte. En cas de refus, adressez directement un courrier recommandé avec accusé de réception au procureur de la République du tribunal judiciaire du lieu des faits.
Peut-on porter plainte pour abus de confiance en ligne via THESEE ?
Non. Le service THESEE est réservé aux escroqueries commises entièrement sur internet. Pour un abus de confiance, il faut vous présenter au commissariat, à la gendarmerie, ou écrire au procureur de la République.
Quel est le délai pour porter plainte pour escroquerie ou abus de confiance ?
Vous disposez de 6 ans pour porter plainte. Pour l’abus de confiance, ce délai démarre à la découverte des faits, dans la limite de 12 ans après les faits. Pour l’escroquerie, il démarre en principe au jour de la remise des fonds, sauf si l’auteur a multiplié les manœuvres pour retarder votre prise de conscience : dans ce cas, le délai démarre aussi à la découverte.
Combien de victimes d’escroquerie portent plainte en France ?
Selon l’enquête Vécu et ressenti en matière de sécurité du service statistique du ministère de l’Intérieur (SSMSI), environ une victime d’escroquerie sur dix porte plainte. Porter plainte systématiquement, même pour un petit montant, aide à identifier les auteurs qui répètent leur procédé sur d’autres victimes.
Sources officielles : pour la procédure complète de dépôt de plainte, consultez la fiche « Porter plainte » de service-public.fr. Le ministère de la Justice (justice.fr) et le ministère de l’Intérieur (SSMSI) sont également cités dans cet article. Pour une orientation selon votre type d’arnaque, Info Escroqueries répond au 0 805 805 817.

